Dermaptères : des pinces impressionnantes, des alliés précieux au jardin
Les dermaptères sont les insectes que l’on appelle couramment perce-oreilles ou forficules. Reconnaissables aux pinces situées au bout de leur abdomen, ils vivent surtout à l’abri pendant le jour et s’activent la nuit. Leur réputation est trompeuse : ils ne recherchent pas les oreilles humaines et rendent souvent service au jardin, même s’ils peuvent aussi grignoter des végétaux.
Reconnaître un dermaptère sans se fier uniquement aux pinces
L’ordre des Dermaptera appartient à la classe des insectes, au sein des arthropodes. « Dermaptère » désigne le groupe zoologique ; « perce-oreille », « pince-oreille » et « forficule » sont les noms usuels de ses représentants. L’INRAE indique environ 2 000 espèces dans le monde, dont 21 en France. Wikipédia en mentionne environ 1 900, réparties dans quelque 200 genres, et un peu plus d’une trentaine en Europe : ces inventaires ne retiennent pas tous exactement le même décompte.

Une silhouette aplatie et des ailes bien dissimulées
Le corps est allongé, aplati et généralement brun, brun rougeâtre ou noir. Il porte trois paires de pattes, de longues antennes fines et des pièces buccales broyeuses. Pour une identification rapprochée, les tarses, à l’extrémité des pattes, comportent trois articles. L’ESCCAP indique une taille adulte de 5 à 50 mm pour le groupe ; les individus rencontrés au jardin ne représentent donc pas toute sa diversité.
Chez les formes ailées, les ailes antérieures sont courtes et durcies. Elles protègent des ailes postérieures membraneuses, repliées en éventail selon un mécanisme complexe. Un insecte qui semble dépourvu d’ailes peut ainsi en cacher de grandes : chez Forficula auricularia, l’envergure atteint environ 2 cm lorsque les ailes sont déployées. Certaines espèces sont toutefois dépourvues d’ailes.
Mâle, femelle ou jeune : les indices à comparer
Les deux appendices terminaux, appelés cerques, sont rigides et forment une pince. Leur aspect aide à distinguer les sexes, mais varie aussi selon l’espèce et l’individu. Les jeunes, souvent appelés larves ou nymphes, ressemblent déjà aux adultes.
| Individu | Indices habituels | Précaution d’identification |
|---|---|---|
| Mâle adulte | Pinces généralement plus développées et courbées | Leur forme varie entre espèces |
| Femelle adulte | Pinces généralement plus droites et rapprochées | Comparer des individus de la même espèce |
| Jeune | Petite silhouette ressemblant à l’adulte, pinces présentes, ailes non développées | L’absence d’ailes ne suffit pas à reconnaître un jeune |
Des pinces utiles à l’insecte, pas une menace pour nos oreilles
Les cerques participent à la défense, à la manipulation de la nourriture et, selon les espèces, aux interactions liées à l’accouplement. Un perce-oreille dérangé peut relever l’abdomen et présenter ses pinces : il s’agit d’une réaction défensive, non d’une recherche de contact avec l’être humain.
Le perce-oreille ne perce pas les oreilles et ne cherche pas à y pondre. La croyance selon laquelle il gagnerait le cerveau par le conduit auditif est une légende. Comme pour d’autres petits animaux, une entrée accidentelle dans une oreille ne peut être exclue, mais elle ne correspond pas à son comportement habituel.
Une pince peut provoquer un pincement si l’insecte est saisi ou comprimé, sans faire de lui un animal dangereux au quotidien. Pour le déplacer, mieux vaut le laisser entrer dans un récipient puis le relâcher dehors, plutôt que le prendre entre les doigts. Sa présence dans une pièce ne signifie pas une infestation : il peut simplement avoir trouvé un passage et un refuge.
Une vie nocturne entre refuges étroits et repas variés
Les forficules se cachent pendant la journée sous les pierres, les écorces, les pots ou dans la litière. Leur corps aplati leur permet de s’insérer dans des fissures étroites, souvent sombres et humides. Cette recherche de contact avec les parois est appelée thigmotactisme. La nuit, ils quittent leur abri pour chercher leur nourriture.
La patine d’un vieux pot en terre cuite, les anfractuosités d’une planche et l’écorce qui se décolle racontent aussi la qualité des refuges disponibles. Ce n’est pas l’aspect « sale » ou ancien qui attire les forficules, mais les interstices protégés et l’humidité qu’ils conservent. Avant de nettoyer ou de remplacer ces matériaux, distinguez donc l’entretien nécessaire de la suppression systématique des microhabitats : un jardin trop décapé offre moins d’abris aux auxiliaires.
Leur régime est variable : beaucoup sont omnivores et consomment de petits invertébrés, des débris organiques et des tissus végétaux. Pucerons, psylles et petites chenilles peuvent figurer au menu, tout comme des fleurs ou des fruits mûrs. Ce mélange explique qu’un même insecte puisse être utile sur une plante et occasionner des dommages sur une autre.
En France, Forficula auricularia, la forficule commune, est une espèce familière des jardins. On rencontre également Labia minor et Labidura riparia, cette dernière étant notamment associée aux terrains sableux et aux berges. L’habitat aide à orienter l’identification, mais ne remplace pas l’examen morphologique.
Des œufs aux adultes, une mère qui reste présente
Les dermaptères ont une métamorphose incomplète : ils ne passent pas par une chrysalide comme les papillons. Après l’éclosion, les jeunes grandissent par mues successives et acquièrent progressivement les caractères de l’adulte.
Chez les forficules, l’éclosion intervient après environ 5 à 6 semaines, puis les jeunes deviennent adultes après 4 à 5 mues. Ces repères dépendent de l’espèce et des conditions, notamment de la température. Ils ne constituent pas un calendrier universel pour l’ensemble de l’ordre. La durée de vie et la période de reproduction varient également.
Le trait le plus remarquable est le soin apporté par la femelle à sa ponte. Installée dans une cavité protégée, elle reste auprès des œufs, les entretient et les défend. Chez certaines espèces, cette protection se poursuit après l’éclosion, auprès des premiers stades juvéniles. Une petite concentration de jeunes près d’une femelle peut donc correspondre à une nichée, plutôt qu’à un rassemblement fortuit.
Au jardin, observer les dégâts avant de vouloir intervenir
Les dermaptères sont des auxiliaires des cultures lorsqu’ils consomment des insectes qui attaquent les plantes. Leur participation à la décomposition de matières organiques contribue aussi au fonctionnement du sol. Un rôle dans la pollinisation nocturne a été signalé, mais il ne faut pas en déduire que toutes les espèces sont des pollinisateurs importants.
À l’inverse, leurs pièces buccales peuvent endommager des pétales, de jeunes tissus ou des fruits. Le bilan dépend de leur abondance, des ressources disponibles et de la sensibilité des cultures. Trouver un perce-oreille dans un fruit abîmé ne prouve toutefois pas qu’il a provoqué la blessure initiale : il peut exploiter une ouverture existante.
- Sans dégâts visibles : laissez les individus en place et préservez quelques refuges.
- Avec des dommages répétés : observez les plantes à la tombée de la nuit pour identifier les responsables.
- Sur une plante sensible : utilisez un abri amovible, comme un pot garni de paille, pour recueillir puis déplacer les forficules vers une zone où leur prédation sera utile.
- Dans la maison : déplacez les individus, vérifiez les passages et corrigez une humidité persistante plutôt que de traiter systématiquement.
L’objectif n’est pas d’éliminer tous les perce-oreilles, mais de protéger les végétaux réellement touchés tout en conservant leur rôle écologique. L’observation des repas et des dégâts est plus fiable que leur seule présence pour décider d’intervenir.



